|
De Tunisie et d'ailleurs
|
|
Le printemps des poètes en Tunisie Surprises animales de Tunisie et d'ailleurs Des cailloux de Tunisie et d'ailleurs Aide au développement dans le sud Voyage dans le temps : Vaison la Romaine Des objets et des mots de notre enfance Nos textes, à propos de Tunisie et d'ailleurs
|
Archéologie Page 1 :La patère de Bizerte Page 2 : préhistoire dans le sud de la Tunisie
Il existe au musée du Bardo, à Tunis, un plat en argent ciselé datant, sans doute, du premier siècle de notre ère, faisant partie du patrimoine archéologique découvert sur la terre tunisienne , qu'on appelle " la patère de Bizerte". Marie Rose ayant lu dans un ouvrage ancien une analyse de cet objet, elle a eu l'idée de la proposer pour enrichir ce site. En voici la substance.
Définition : une patère antique est une sorte de soucoupe ou de vase de forme évasée, de plat, qui servait, dans l'antiquité lors des libations offertes aux dieux. Description de la patère de Bizerte -Les oreilles
" Dionysos, représenté sous les traits d'un éphèbe, est debout, à demi plongé dans l'ivresse. Il brandit un thyrse et passe familièrement son bras gauche autour du cou d'un petit satyre placé à côté de lui, dans une pose contournée ; derrière eux bondit une panthère. Une large draperie recouvre en partie de ses plis harmonieux ce groupe assez confus. A droite et à gauche apparaisse,t de nouveau deux satyres qui regardent le dieu. Le plus vieux a les bras ramenés derrière le dos et semble frappé d'une profonde surprise. L'autre, jeune et imberbe, élevant la main à hauteur des yeux comme s'il dansait le skopos, fait le geste du satyre aposkopenôn que popularisa le peintre hellénistique Antiphilos l'Egyptien."
" A gauche, c'est un sacrifice rustique à Dionysos. L'idole champêtre a conservé la forme archaïque du xoanon, qui se perpétua dans les campagnes longtemps après que les sculpteurs eurent adopté pour leurs statues le type imberbe et jeune du Dionysos praxitélien. le dieu a le masque barbu, les cheveux noués autour de la tête comme un diadème ; il est vêtu d'une tunique d'étoffe à manches longues, fixée à la taille par une ceinture. De la main droite, il s'appuie sur une haute tige de férule fleurie. La main gauche tient un sarment auquel pend une grappe. De part et d'autre de l'idole sont disposés un petit autel carré où brûle le feu du sacrifice , et un cratère sans anses. Un silène ventripotent, n'ayant pour tout vêtement qu'un linge noué autour des reins, joue de la flûte double, tandis qu'à droite et à gauche deux satyres s'approchent sur la pointe des pieds. Entièrement nus tous les deux, ils sont caractérisés par la houppette de poils qui se dresse au bas des reins et par la peau de lion jetée sur l'épaule ou enrôlée autour du bras. L'un d'eux, d'un beau type pastoral, a la barbe et les cheveux longs. Il tient un pedum et traîne après lui un chevreau. L'autre, jeune et imberbe, danse en agitant un thyrse terminé par deux pommes de pin." Définitions pour comprendre ces descriptions : - Un thyrse : bâton entouré de feuilles de vigne ou de lierre, terminé par une extrémité en forme de pomme de pin. - Un satyre : demi dieu champêtre à jambes de bouc. -Un Silène : père adoptif et précepteur du dieu Dionysos, il l'accompagne toujours. -Les frises
" Deux frises concentriques entourent le motif central. Sur la première se succèdent des amours potelés, alternant avec des griffons, des panthères et d'autres animaux, des corbeilles ou des vases pleins de fleurs ou de fruits, des instruments de musique bachiques...De la seconde frise, une scène est à peu près intacte : à droite, une ménade danse en frappant un tympanon, un vieillard chauve et obèse dépose son offrande sur un autel allumé qu'abrite un figuier ; derrière lui, une matrone pudiquement drapée et la tête voilée s'approche, traînant par la main un petit garçon qui tient une grappe de raisin ; un esclave qui les suit apporte sur ses épaules une brebis." - Le motif central
"Le style des reliefs diffère de celui du motif central...ici, l'exécution est irréprochable, charmante de grâce, de délicatesse et de charmante naïveté, mais sans accent personnel. Ce n'est qu'un assemblage ingénieux de lieux communs tirés du répertoire courant des artistes de l'époque hellénistique : sacrifices à des dieux auxquels on nr croit plus guère, mais dont le culte éveille des sentiments agréables et voluptueux, scènes idylliques et champêtres qu'encadrent des passages bucoliques, le tout traité avec ce goût du pittoresque, ce réalisme raffiné, cette recherche du détail joli, même inutile, qui caractérisent le style des oeuvres de ce temps." -Analyse de l'oeuvre " La patère de Bizerte a tous les caractères d'une oeuvre alexandrine, mais c'est encore une oeuvre grecque : L'ordonnance de l'ensemble demeure harmonieuse ; l'importance des sujets figurés est proportionnée à la place qu'ils occupent et la logique préside au choix des moyens d'expression comme à la répartition des ornements sur la patère. L'artiste a su respecter le caractère de l'objet qu'il avait à décorer : le milieu du plat, destiné, au moins en théorie, à recevoir les offrandes, reste libre et dégagé, au lieu d'être occupé par un de ces emblèmes , en haut relief, dont la présence au fond de la vaisselle romaine est un véritable contre-sens. Là même où les reliefs apparaissent, leur saillie, qui reste dans un rapport constant avec les dimensions des figures, est toujours modérée. Il n'et pas jusqu'aux masques en haut relief , placés en vedette aux extrémités de chaque oreille, qui n'aient leur raison d'être : ils sont destinés à amortir la chute des objets pesants qui pourraient écraser le plat. L'oeuvre conserve donc à un haut degré les deux qualités propres au génie hellénique : l'ordre et la mesure. Rien n'y décèle l'influence romaine. Elle ne me semble pas pouvoir être datée d'une époque postérieure au commencement du premier siècle de notre ère." Nous sommes tous allés au musée du Bardo, mais, je suis sûre que peu d'entre nous ont gardé le souvenir de cette " patère de Bizerte". Maintenant que nous avons lu l'analyse proposée par P Gauckler, nous chercherons à reconnaître tous ces détails sur l'objet original quand nous retournerons au fameux musée de Tunis. |