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Des odeurs de Tunisie
En parcourant l'album des photos de mon dernier voyage en
Tunisie du nord, Il m'est venu le souvenir d'odeurs qu'on ne trouve que là bas,
odeurs associées à certaines images. Ressentirez-vous la même chose, car, vous
qui avez vécu dans ce pays ou qui y êtes passés, vous les avez senties, ces
odeurs là ?
Là, à Tabarka ou à Zarzis, les posidonies déposées par la mer sentent l'iode et
la pourriture humide, le poisson sec et le foin, parfums mêlés liés aux origines
de ces tas monstrueux.
Dans la forêt de chênes liège et de bruyères d'Aïn Draham, les feuilles de
chênes sèches libèrent un parfum de paille chaude, pas l'odeur d'humus en
formation, de moisissure de nos sous bois et de nos forêts.
Ah ! le parfum des feuilles d'eucalyptus, celles sèches, sur lesquelles on
marche, mais, surtout, celles qu'on écrase et qu'on froisse entre les doigts et
qui évoquent les arrières salles des officines ou les cigarettes à l'eucalyptus
que fumaient nos grand-tantes asthmatiques, les décoctions à la feuille
d'eucalyptus qui mijotaient sur les poêles des classes du cours complémentaire
en période d'épidémies de grippe !
Découvrir que le parfum lourd et sucré qui vous chatouille le nez depuis
quelques instants vient de ce jasmin abondamment fleuri est un des plaisirs de
toute balade dans des ruelles de Tunisie : ici, c'est un jasmin de Tabarka.
Cette photo me rappelle que des poivrons étaient en train de frire quelque
part, plus bas, dans la ville. Il était l'heure du déjeuner et cette odeur de
cuisine aiguisait l'appétit.
Ca
sent la paille, les crottes de mouton et le suint, parfois la " helba" (
fenugrec : une légumineuse qui sert de fourrage) : parfums de marchés et de
veille d'aïd.
L'odeur de poils grillés submerge toute la ville de Bizerte : c'est le jour de
l'Aïd el Khébir et, à chaque carrefour, un " grilleur" de pattes de moutons et de
têtes est installé pour la journée.
Le jour de l'Aïd,
le sang coule et les plateaux se remplissent de viande fraîche, tout cela sent
le fade et est plutôt écoeurant, mais, dès que el canoun est allumé
, qu'on a posé un
grain d'encens dessus, la fumée parfume la cour et efface l'odeur du sang, puis,
le foie grille et alors, c'est le bonheur !
Odeur de persil haché, d'oignon vert découpé, de curcuma, de felfel, de tabel et
carouia, d'harissa pour ce plat qui servira à farcir la hosbana.
Vous avez tous reconnu la mloukhia ! Impossible de caractériser cette odeur qui
n'appartient qu'à ce plat et qui fait venir l'eau à la bouche dès qu'on la
perçoit, et on la sent de loin !
Pour ceux qui ont vécu à AÏn Draham dans les années 60, cette photo leur
rappellera la bonne odeur de pain frais, celui du Matmati dont la boulangerie se
trouvait derrière cette porte vert foncé : du pain comme un gâteau, qu'on avait
déjà bien entamé avant d'être arrivé à la maison et qui sentait si bon !
Et
puis, malheureusement, il y a aussi ça : l'odeur de la décharge, une odeur
indéfinissable où se mélangent les émanations des huiles usées, des déchets
alimentaires pourrissants, des couches de bébés...Une odeur très désagréable qui
supplante celle des pins et des myrtes de la forêt d'Aïn Draham.
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