Amandier fleuri- Tunisie ( photo de Lucien)

                                                                                                             De Tunisie et d'ailleurs

 

                                                                                                                                                                                                                                                                   

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Les palmiers dattiers

Les palmiers, comme les oliviers, font partie du paysage tunisien, surtout du sud : A  Jerba, certains coins de l'île sont essentiellement  plantés de palmiers comme d'autres sont des endroits à oliviers, mais, souvent, au détour d'une piste longeant une olivaie, un bouquet de palmiers surgit . Depuis quelques années, les palmiers de Jerba ne sont plus guère entretenus : C'est que, pour entretenir un palmier, il faut y grimper au moins trois fois dans l'année, une fois pour la fécondation, une fois pour couper les régimes de fruits, une fois pour couper les palmes sèches, les jerids. L'homme qui grimpe se fait payer : En 2000, il en coûtait 5 dinars par montée sur un palmier. Chaque arbre coûtait donc 15 dinars, or, la vente des dattes de qualité médiocre comme celles de Jerba ne rapportait pas cette somme, alors, les propriétaires de palmiers ont abandonné leurs arbres, se contentant de ramasser les dattes mûres qui tombent  sur le sable quand les insectes et le vent se sont chargés de la fécondation des fleurs femelles.

    Les dattes sont mûres quand elles sont brunes et collantes de sucre.

Avant d'obtenir de beaux régimes comme ceux photographiés ici, il faut apporter le pollen des fleurs mâles tout près des fleurs femelles et des hommes se chargent d'aller couper les bouquets dans les palmiers mâles, beaucoup moins nombreux dans une palmeraie cultivée que les pieds femelles puisqu'avec un régime de fleurs mâles on féconde beaucoup de régimes femelles. à gauche, les fleurs femelles, à droite les fleurs mâles, beaucoup plus spectaculaires

  fleurs de palmier sortant de leur enveloppe : la spathe

Les palmiers dattiers sont des arbres capables de s'adapter à toutes sortes de sols, ils supportent très bien la proximité immédiate de la mer comme en témoignent ces clichés :

Dans la sebkha, terrain très salé, au pied des falaises de Boughrara.

Quatre dattiers sur la plage de Sidi Slim à Jerba

Les palmiers dans l'économie tunisienne

Bien sûr, tout le monde connaît les dattes de Tozeur, les merveilleuses "deglet nour ", ces dattes translucides et tellement sucrées, mais, les palmiers ont fourni et fournissent encore une matière première indispensable à l'économie du pays :

- Il n'y a pas si longtemps, quand les maisons étaient construites avec les matériaux locaux, les moitiés de troncs de palmiers servaient de poutres qui soutenaient les toits en terrasses. On en trouve encore dans les vieilles demeures ou dans les caves de potiers, à Jerba.

Poutres  en troncs de palmiers provenant de la maison en ruine à Chenini

Les troncs de palmiers servent, à Guellala, à cuire les poteries.

-Avec les palmes sèches, les gens construisent des clôtures ou des gourbis qui servent à rentrer les chèvres la nuit, mais qui servaient de cuisine d'été ou même de chambres à coucher quand il faisait très chaud, à zarzis, qui servaient aussi de maisons aux plus pauvres.

"mur" de palmes sèches ou jerids à Jerba

"Le palmier est utilisé aussi pour les pêcheries surtout aux îles Kerkennah et même au nord de Djerba, il en existe encore. On les voit quand on arrive en avion. Avec les fibres des régimes de dattes on fait les nasses où viennent se prendre les poissons qui ont été dirigés vers la nasse par les murs faits de palmes. Les kerkéniens préfèrent acheter le poisson vivant sorti des nasses que celui pris dans les filets.
Un exercice intéressant : observer le mouvement des palmes poussées par une légère brise. Les unes vont dans un sens, les autres dans l'autre sens, certaines sont immobiles et puis tout à coup tout s'inverse selon la flexibilité des palmes. Si on reste longtemps à observer ce mouvement, il arrive un moment où la tête est vide de toute pensée ou réflexion, plus rien n'existe.... c'est le temps de la méditation." Texte de Lucien
Une pêcherie au nord de jerba

-Les chapeaux de paille de Jerba et de Gabes ne sont pas du tout faits de paille, mais de lanières retirées des palmes sèches Il en va de même pour les couffins finement tressés à Houmt Souk. petit couffin pour petite fille acheté à Houmt Souk. Le fabricant de ces magnifiques couffins et chapeaux, à Houmt Souk, Jerba

"On n'a pas encore parlé des rameaux confectionnés avec les feuilles de palmiers, ces rameaux tressés si savamment en Tunisie et que l'on faisait bénir lors de la messe du dimanche des Rameaux, le dimanche avant Pâques. Je crois que  ces mêmes rameaux existent à Malte où Michèle en a vu, si j'ai bonne mémoire.
Je me souviens également que lors de manifestations festives en Tunisie, des arches dressées sur les rues principales étaient habillées de jolies décorations faites, entre autres, de feuilles de palmiers" Marie Rose

- Pendant des siècles, les Tunisiens ont fait des meubles avec les planches de palmier, essentiellement des coffres pour ranger les vêtements. Cette habitude a été abandonnée et j'ai dû supplier le menuisier de Zarzis pour qu'il accepte de me faire un petit bahut, le bois étant très difficile à travailler à cause des courtes fibres qui le composent meuble de palmier que j'ai teinté en jaune et ciré. Où l'on voit les fibres du bois qui se détachent facilement les unes des autres.  L'artisanat actuel , en Tunisie, a compris l'intérêt que les touristes portaient aux matériaux traditionnels et fabrique de nouveau de beaux objets en palmier : petit coffre à trésors bien ciré.

- Enfin, le palmier fournit encore le mythique "vin de palme" ou legmi, sa sève qu'on peut boire douce et fraîchement extraite ou bien fermentée et donc alcoolisée. Pour l'obtenir, on étête un palmier, on en supprime le bourgeon terminal et, de la blessure, la sève sucrée s'écoule qu'on recueille dans une gargoulette suspendue le long du tronc ou dans un bidon.

    extraction de la sève     le palmier court de grands risques de mourir. quelques uns en réchappent et gardent une marque de cette mutilation : un fort rétrécissement du tronc.

Le marchand de legmi dans un angle du marché d'Houmt souk : le petit seau près de lui contient l'eau dans laquelle il rince le verre après chaque client.

Le palmier est donc un arbre dans lequel tout est utilisable et utilisé. Même s'il est de moins en moins bien entretenu, il reste une "richesse" potentielle pour son propriétaire. Et puis, que serait le sud tunisien sans ses palmiers ? Les touristes y viendraient-ils aussi nombreux ? Auraient-ils autant la sensation d'avoir atterri dans un pays exotique ?

Les plus curieux d'entre nous, ceux qui n'ont pas peur de se faire piquer par les palmes peuvent même trouver quelques trésors au coeur de certains palmiers :

     Un régime de dattes avorté et une spathe qui peut servir de vide-poche.