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De Tunisie et d'ailleurs
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Le souk libyen
Vers 1968, à Zarzis, on a vu apparaître , une ou deux fois par semaine, sur les trottoirs des rues du centre du village, des expositions de tissus très colorés qui pouvaient servir de foutas aux femmes. On a appelé ces petits marchés " les souks libyens ". En effet, c'était des hommes qui rapportaient de Libye ces métrages de tissus en provenance d'Asie, Taï Wan ou Hong Kong. Ils entraient en contrebande en Tunisie et étaient vendus très peu cher. Puis, peu à peu, les marchandises des trottoirs se sont diversifiées et du petit matériel électronique, quelques réveils et montres ont fait leur apparition. Quand j'ai quitté la Tunisie, en 1973, ces souks libyens étaient encore très modestes, mais, déjà, ils permettaient à quelques familles de vivre, à zarzis, à Ben Gardane et dans quelques autres villes du Sud. Quand je suis revenue à Zarzis, quinze ans plus tard, les souks libyens fleurissaient partout et une immense enceinte murée abritait des cabanes bleues, entrepôts pour ces marchandises "importées" à BenGardane.
J'apprenais que tout ce trafic illégal était cependant bien organisé : Ben Gardane était devenu un grand centre d'approvisionnement pour toutes les marchandises qu'un Tunisien souhaitait se procurer, cela allait de la bouteille d'huile de maïs, beaucoup moins chère que l'huile d'olive, à la poussette en passant par les couettes de lits et les boîtes de thon.
Les commerçants de Ben Gardane profitaient de la venue de tous ces acheteurs pour déballer, eux aussi, leurs marchandises dans les rues avoisinantes : 404 pleines de pommes de terre, de carottes et de bettes, matelas en mousse de matière palstique devenus indispensables ( autrefois, les gens dormaient sur des nattes ou des tapis, sur des matelas d'herbe, mais, le moelleux des matelas de mousse avait séduit tout le monde.) épices...
Revenons dans l'enceinte du souk libyen. Après m'être intéressée aux marchandises proposées, j'ai regardé de plus près les hommes et j'ai vu que ceux qui n'avaient pas eu les moyens de se construire un entrepôt de planches fermé par des chaînes et de gros cadenas s'apprêtaient à passer la nuit près de leurs marchandises.
Pour avoir une idée du bric à brac vendu sur ce marché. Les gens viennent en car du nord du pays pour acheter lampes de chevet tournantes et téléphones portables, cassettes et CD venus d'Egypte, énormes couscoussiers et jouets ...Toute une économie parallèle à l'économie officielle s'est mise ne place qui permet de faire vivre un nombre considérable de personnes sur le territoire, qui permet aussi aux plus pauvres de jouir d'un petit confort qu'ils ne pourraient pas s'offrir avec les tapis " made in Tunisia" ou la couverture pure laine tissée sur place. Chaque jour de souk, dans toutes les villes du sud, De Médenine à Houmt Souk, on présente ces marchés comme étant " berbères" ; en vérité, je n'y ai jamais trouvé grand chose d'authentiquement berbère si ce n'est cet étalage de poteries vraiment anciennes et vraiment berbères, elles.
Deux images pleines de couleurs du souk lybien d'Houmt Souk, à Jerba
Ces deux images rappellent les premiers étalages de tissus venus d'Asie via la Lybie que des HOMMES installaient sur les trottoirs de Zarzis vers 1966. Maintenant, ce sont des FEMMES qui vendent ces tissus qu'elles sont allées acheter à Ben Gardane. |