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De Tunisie et d'ailleurs
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Terezin, un camp allemand en Tchécoslovaquie pendant la guerre 1939-1945
A 65 km de Prague se trouve le village de Terezin, tristement célèbre puisque les Nazis avaient, en 1941, transformé cette forteresse construite par l'empereur d'Autriche, Joseph II , en 1780, en camp de concentration pour les Juifs tchèques puis pour les Juifs des pays avoisinants. A la libération, en 1945, 140 000 personnes y avaient transité, beaucoup y étaient mortes mais, la plupart avaient été emmenées dans les camps d'extermination comme Auschwitz pour y être gazées. Deux parties du territoire de Terezin ont gardé le souvenir de cette terrible époque : la petite forteresse qui servait de prison pour des opposants au régime nazi ( provenant de douze nationalités différentes ) et où les conditions de vie étaient abominables et le ghetto enfermé dans une double étoile de fortifications séparées par des douves remplies avec l'eau de la rivière. Là se sont entassées des familles entières de Juifs européens pendant trois années épouvantables pour ces gens.
Cette vue d'avion montre bien comment le ghetto était cerné par les fortifications et comment il était impossible de s'en échapper. La petite forteresse : J'y suis arrivée en même temps que deux groupes de lycéens, des Tchèques et des Français venus de Nantes et la présence de tous ces jeunes m'a rendu la visite plus agréable , mais, malgré tout, j'ai ressenti tout le poids de l'histoire, de cette souffrance encore perceptible entre ces murs.
L'entrée de la forteresse le cimetière juif contigüe au cimetière catholique au pied des fortifications.
Ces lignes et ces couleurs ont quelque chose de sinistre.
Une fois franchi le porche, les prisonniers se trouvaient dans cette cour.
De cour en cour, de bâtiment en bâtiment où ils étaient répertoriés, rasés, habillés en bagnards, ils arrivaient soit dans des cellules individuelles soit dans des cellules communes d'où ils étaient extraits pour travailler dans les ateliers nazis.
L'équipement des cellules : dans les cellules communes, une table étroite et des bancs, un poêle complétaient le mobilier, mais, selon la guide, le charbon manquait très souvent.
Une salle de douches existait, avec de l'eau chaude quand il y avait du charbon, les prisonnières avaient droit à une douche hebdomadaire, puis les hommes et, enfin les Juifs quand il restait de l'eau chaude. cette hygiène de base n'a pas empêché le typhus de faire des ravages parmi les prisonniers.
En passant devant cette fenêtre, je me suis demandé combien de détenus avaient rêvé de pouvoir s'échapper !
Trois évasions réussies ont eu lieu à partir de cette trouée dans les fortifications, probablement en utilisant les corniches qui ont ensuite été détruites aux abords de la passerelle.
Des tunnels très longs courent sous les fortifications, les nazis les avaient murés afin d'empêcher les détenus de s'enfuir en les empruntant. j'ai parcouru l'un de ces tunnels et j'ai débouché au pied de
cette estrade dont l'utilisation ne fait aucun doute :
Extrait du livre de Leïb Rochman :" A pas aveugle de par le monde" écrit en Yiddish après la guerre 39-45 , Leïb Rochman étant un rescapé du ghetto de Lodz et d'un camp de travail dont il s'était échappé. ( Des rescapés des camps nazis ont retrouvé un de leurs tortionnaires, Les Plaines sont les lieux d'extermination.) "On le fit monter sur un étal de marché. Ils revoyaient dans les Plaines ses jambes écartées dans leurs bottes impeccables sur le marchepied de la potence, tandis qu'il passait de ses mains puissantes la corde au cou du condamné. Il n'avait plus de bottes aux pieds. Sans bottes, il perdait sa morgue, ses jambes nues tremblaient sous lui...Rouge sous tous ces regards, sa figure était comme une fleur vénéneuse au milieu de tous ces visages blêmes. Jadis, dans la Plaine, cette même figure était suspendue au-dessus d'eaux, froide comme la lune."
Des cours, des passages, des cellules, de la neige.... " Il me reste d'être ombre..." C'est par ces mots que s'ouvre l'un des derniers poèmes de Robert Desnos Enfin, au musée de la forteresse, de beaux dessins réalisés par les détenus et retrouvés après 1945 :
le ghetto
je suis arrivée au musée de ce ghetto, un beau musée bouleversant . L'escalier
menant aux salles d'exposition est tapissé par des reproductions des dessins des
enfants juifs de terezin et des dessins des adultes artistes qui y ont été
enfermés.
Irena Karpelesova, morte à 14 ans. la chaleur d'un soir de shabbat Hana Mirjam Kohnova, morte à 13 ans la maison perdue
Sonä Fischerova, morte à 13 ans les bâtiments du ghetto de Terezin Extrait du livre de Leïb Rochman : " Le matin, la ville sortait à la recherche des enfants dont les cris avaient hanté leur nuit. Il devait bien y en avoir quelques uns qui traînaient dans les rues. Ils se cachaient sûrement dans les trous des maisons éventrées. Ils avaient peur des adultes. Ils ne sortaient que par les nuits noires. Quand un inconnu tombait sur eux, ils disparaissaient comme des souris dans leurs cachettes." ( Les survivants rêvent de retrouver des enfants survivants, eux aussi.) "Malgré les édits nazis qui interdisaient aux enfants juifs l’accès à l’éducation, à Terezin plus encore que dans d’autres ghettos se sont mis en place des systèmes plus ou moins clandestins (les nazis ont parfois marginalement autorisé quelques matières) pour donner aux enfants accès au travail manuel, au dessin, au chant, puis aux langues, à l’histoire et à des rudiments d’histoire naturelle. Des enseignants se sont portés volontaires, comme Friedl Dicker-Brandeis à Terezin, qui jusqu’à sa déportation et sa mort en 1944 va organiser des ateliers de dessin pour les enfants. Ancienne élève du Bauhaus, ses maîtres ont été Paul Klee et Wassily Kandinsky. Ses méthodes pédagogiques sont en avance sur son temps : elle fait faire aux enfants des exercices très dynamiques de graphisme, à partir d’un travail sur la perception. Puis, en analysant et classant leurs dessins, notant qu’ils expriment espoirs, angoisses et peurs, elle pose les jalons de ce qui deviendra après guerre l’art-thérapie. Les enfants dessinent sur le moindre bout de papier qu’ils ont à disposition. Bien souvent ce sont d’anciens formulaires militaires d’avant-guerre. Il faut donc économiser, mais même cela est source de créativité, dans les formats utilisés par exemple.
En octobre 1944, après une intense expérience auprès des enfants du ghetto, Friedl est désignée pour le prochain train de la mort, en partance pour Auschwitz. Son mari a été déporté peu auparavant. Avant de partir, elle a tout juste le temps de dissimuler les milliers de dessins réalisés au cours des ateliers dans deux valises, qu’elle cache dans l’un des dortoirs d’enfants. A la libération, ces valises ont été retrouvées et confiées au Musée Juif de Prague, qui conserve aujourd’hui plus de 4 000 dessins des enfants de Terezin. Sur les 15 000 enfants qui sont passés par le camp-ghetto de Terezin, la majeure partie a été déportée à Auschwitz où ils ont été assassinés dans les chambres à gaz. On estime qu’une centaine d’entre eux seulement ont survécu. " J'ai aussi volé quelques photos de dessins d'adultes décrivant, là encore, les dures conditions de vie dans le ghetto.
A l'aide du plan imprimé sur le ticket d'entrée au musée, je suis partie à la recherche des lieux où la vie sociale se déroulait : salle de prière et rites funéraires. Il y eut d'autres lieux où se sont donnés concerts et conférences avec les moyens du bord, mais, il n'en reste rien.
Mon parcours dans une ville déserte et absolument silencieuse.
Mon parcours hors la ville, vers le crématorium et le cimetière du ghetto. Des rats, énormes ! BRRRR !
le cimetière accolé au crématorium construit par les Allemands car il mourait trop de gens pour qu'on puisse tous les enterrer. Extrait du livre de Leïb Rochman : " Il embrassa l'étendue de la Plaine, les couches enchevêtrées, les visages inconnus. C'étaient tous les siens, arrachés à la chaleur de leur foyer, dans les contrées les plus lointaines. Ils étaient tous rassemblés ici-les vieillards, les femmes, les jeunes filles, les pères, les garçons et les fillettes. Tous étaient là. Mais son souffle n'était pas assez puissant pour leur rendre la vie."
Quatre fours crématoires hideux et tout noirs !
Je me suis demandé en frissonnant à quelles expériences, quelles dissections avait servi cette salle attenante au crématorium. Extrait du livre de Leïb Rochman : " S.se souvenait des bacs à expérimentation dans les Plaines, où l'on faisait tremper les corps de nos frères et nos soeurs jusqu'à desquamation de la peau."
Avant l'entrée en fonction des crématoriums, on utilisait ces tables pour exposer les morts pendant la récitation du kadish, puis, on les enterrait dans ces cercueils rudimentaires. J'ai quitté Terezin en passant par la porte du ghetto en me disant qu'aucun Juif n'avait emprunté cette sortie puisque tous l'avaient quitté par le train pour Auschwitz.
je me suis retournée pour voir cette porte par laquelle tous étaient entrés
Mon dernier regard sur Terezin fut pour cette rivière gelée
Extrait du livre de Leïb Rochman : "Il eut le sentiment que les fosses des Plaines renvoyaient le visage de l'humanité elle-même et qu'elle resterait pétrifiée sur place, dans la lumière blanche de la lune, sans jamais trouver de chemin hors d'ici. Non, ce n'étaient pas des funérailles qui avaient lieu ici, et ce n'était pas un deuil que l'humanité s'imposait, en enterrant une partie d'elle-même. Aucun cortège de peuples ou d'Etats, d'hommes et de femmes ne suit ces obsèques, la tête inclinée par le chagrin. Non, ici, c'était la pire des profanations qui se déroulait : un nettoyage immonde, effaçant les traces et le silence. Tout devait au plus vite être enfoui sous terre, pour étouffer le cri du sang." |